L’EXIL
SOUVENIRS
« - Tu te souviens d’elle, n’est ce pas ! »
« Eh oui ! Elle était si belle, aucune de nous ne lui arrivait à la cheville. »
On la surnomme la dame de l’ile.
« - Comme j’aurai voulu lui ressembler, pas toi ? »
« - Cela restera gravé, à jamais, dans ma mémoire! »
On ne sait pas qui elle est, ni d’où elle vient et pourquoi elle s’est installée là.
« - Tu te souviens d’elle, n’est ce pas ! Du fameux jour où tout a commencé ! »
« - Tu te rappelle bien comment nous avons assisté à sa descente en enfer. »
Les gens du continent savent seulement qu’elle vit seule dans sa villa aux murs chaux blanches et aux volets bleus.
La villa se situe au milieu de l’ile, entourée de grands arbres, de nombreuses végétations diverses.
Pas de trace humaine à première vue à l’horizon.
Elle reste sauvage
Elle reste enfermée dans son ile.
L’habitation est à moitié cachée par la luxuriante végétation d’arbres feuillus.
« - Elle avait toujours des tenues aussi extraordinaires les unes que les autres, n’est – pas ! »
La terrasse est face à la plage, on y accède facilement par un petit sentier sinueux.
Les fenêtres sont grandes ouvertes, elles laissent entrer les rayons du soleil du petit matin jusqu’en fin de journée.
« - Je me rappelle comment elle nous impressionnait. Quelle culture elle avait ! »
« - Et, quelle répartie, elle sortait à chacune de nos discussions. Elle était si fine dans ses paroles dans ses gestes. »
La nuit, derrière de grands rideaux beiges, la lumière reste souvent allumée.
« Elle ne parlait plus, elle ne souriait plus, elle ne riait plus. Son visage restait fermé. »
« Elle se nourrissait à peine, elle était devenue famélique. »
De temps en temps on peut apercevoir une ombre discrète passer de pièce en pièce.
On l’impression que les arbres et les nombreuses haies sont là comme pour protéger la maison.
« - Elle faisait peine à voir, tu te souviens ! »
« - Et le pire, c’est qu’elle refusait l’aide que nous voulions lui apporter. »
« - Elle voulait se battre seule. »
Le vent venant du large fait longuement bouger les feuilles des arbres.
Elle a refusé de m’écouter, eh toi, as-tu pu faire quelque chose. Nous étions impuissants face à sa douleur.
« - Tu te souviens quand elle nous annonçait qu’elle partait, qu’elle avait décidé de quitter notre monde pour se retirer de cette pression. »
On respire le bon air, iodée qui balaye les idées noires et qui nous rend parfois ivres.
Les oiseaux, en aucun cas dérangés, chantent allègrement tout le long de la journée.
« - J’aurai aimé la faire changer d’avis, tu te rappelles ! Mais elle n’a pas voulu m’écouter. »
« - Sa décision était prise et rien n’aurait pu la faire changer d’avis. »
« - Tu sais bien, combien elle était déterminée, je dirais plutôt têtue dans ce cas. »
« Et maintenant qu’elle nous a quittés, nous n’avons plus de nouvelle d’elle, moi comme toi et tous nos amis. ».
« - C’est comme si elle avait à jamais disparue. »
« - Tu n’as pas cette sensation, toi aussi ?.
OUBLI ET SOLITUDE
Au bout du petit sentier, on accède à une plage, sur laquelle les vagues, au gré du vent viennent s’échouer naturellement.
Les mouettes, maitresses des lieux, s’expriment à tue tête.
Que fait-elle ? A quoi passe-t-elle ses journées et ses nuits ?
Elle reste cachée par les grandes tentures. Elle reste seule.
Elle ne va guère dehors dans la journée, à part de rares sorties pour sa survie alimentaire, comme si la lumière du jour allait toucher de plein fouet son visage délicat ou bien qu’elle craint de rencontrer quelqu’un alors qu’elle sait qu’elle est l’unique habitante de cette ile.
Parfois la nuit tombée, elle sort et reste quelques instant dehors sur la terrasse à contempler la nuit étoilée.
L’obscurité semble lui apporter quelques réconforts.
Les jours et les nuits s’écoulent toujours de la même façon, aucune perturbation ne vient troubler son existence.
Elle passe ses journées toujours de la même façon : lecture, écriture, musique, rêveries. Ces activités l’aident à cicatriser ses blessures d’antan.
Elle veut oublier le passé, le pourquoi de sa venue dans l’ile.
Cette solitude lui permet mieux de panser ses blessures.
Quelles sortes de blessures ? Morales ou physiques ?
On aperçoit qu’une vague silhouette qui déambule dans la villa.
Cette vie d’ascète lui permet de se réconcilier avec la vie.
Elle se contente de peu.
Elle se passe très bien des gadgets et des futilités de la vie extérieure.
Elle mène ici dans l’ile une vie qui lui convient, après tout cette tempête dans son existence.
Les rares personnes du pays qui sont venus sur l’ile avant l’emménagement de la dame, se souviennent très bien de la petite maisonnette en bois.
Montée sur 4 forts piliers de bois pour parer aux allées et venues de la marée, elle avait fière allure face à la mer.
Tel un chalet de montagne avec ses murs en rondins de bois, elle se dressait tout droit. Dès qu’on l’approchait, on pouvait sentir la bonne odeur du vernis dont elle dont était couverte.
La dame vit maintenant dans la villa de pierre, elle ne va plus du tout dans la petite hutte de bois.
Elle laisse à l’abandon cette petite habitation, attaquée à la fois par la mer salée qui projette avec fracas des vagues gigantesques, par le sable, avec ses multiples grains qui rongent peu à peu le bois et par le souffle du vent.
Là bas, elle était souvent retrait du groupe, elle préférait le tête à tête, la ou on se confiait.
Là bas, elle n’aimait guère l’agitation et le bruit de la foule. Elle lui faisait peur
Elle a fuit les jérémiades, les disputes
Les murs se craquellent, s’effilochent, la cabane semble malade, plus rien ne la protège.
Les rideaux aux couleurs jadis fanées, qui autrefois ornaient les fenêtres, ressemblent à de simples fantômes fatigués et fanés
Là – bas, elle se sentait mal à l’aise.
Quand à la dame, son regard ne se tourne plus jamais vers la cabane abandonnée près de la mer, reflet vivant de sa vie passé.
Elle l’a renié à tout jamais, elle aspire à la tranquillité et au repos de son âme et de son corps.
La bas, celle-ci était sans cesse sollicitée et attaquée.
Elle laisse l’agitation et le bruit aux autres.
Elle a trop vécu dans l’urgence, dans le stress. Ca se bouscule dans sa tête, dans ses neurones.
Elle a craqué. Pour ne pas recommencer, elle est partie, pour se protéger.
REFUS DE TOUT CONTACT
« - Je ne la vois jamais, cette sacrée bonne femme quand j’arrive sur ce coin perdu. »
« - Rendez vous compte, les amis, elle refuse tout contact avec le monde extérieur.»
« - Quand elle désire quelque chose, elle me laisse un mot sur un morceau de papier coincé sous un rocher. »
« - Et chaque début de mois, c’est le même cinéma. »
« - J’amarre mon bateau au ponton à côté de la cabane en bois. C’est vraiment dommage de la laisser dans cet état. Elle mériterait qu’on la répare. Mais rien ne bouge. »
« - Eh, patron, sers en moi un autre ! »
« - Ca donne soif de causer, et surtout de cette folle. »
Avec ses jumelles, la dame surveille de près le débarquement des affaires qu’elle attend impatiemment.
Elle visualise les allées et venues du pêcheur entre le bateau et le rivage.
Elle attend qu’il soit reparti au loin avec son bateau pour descendre et rapporter les colis jusque dans la villa.
« - Alors, je continue, les gars ! »
« - Donc je pose mes colis sur le ponton. Quand je lève les yeux vers la villa, je peux voir au loin une silhouette. Elle me surveille, la garce. »
« - Comme si elle avait peur que je la vole. Elle fait la fière ! »
« - Un gars comme moi, cela ne l’intéresse pas. Elle pourrait avoir au moins la politesse de venir me voir. »
« - Il faut dire, la compagnie, que c’est elle qui en a décidé comme ça. »
Un à un, elle transporte les cartons jusqu’à sa maison.
Une fois terminé, elle entreprend de les défaire.
Elle range méthodiquement les vivres dans sa cuisine.
Par ailleurs, elle découvre avec délice les livres et autres babioles qu’elle a commandées. Ces choses lui tiennent plus de nourriture.
Dès le début, elle a constitué un stock de vivres et de choses vitales à son existence au cas ou le lien avec la civilisation serait coupé.
« - Malgré tout, personne m’empêchera de penser que cette femme, elle a un grain. J’en mettrai ma main à couper qu’elle a du faire quelque chose de mal avant de venir se terrer comme ça. »
« - Eh, patron, un autre verre de ta vinasse ! »
« - Donc, je répète, ce n’est quand même pas normal de vivre comme ça »
« - Enfin, moi, ce que j’en dis, c’est que ce ne sont pas mes affaires. »
« -Mais, ce n’est pas normal ! »
VIE TRANQUILE ET SEREINE
Elle a accumulé boites de conserves, vivres de premières nécessités, confitures, etc….
Elle cultive ses propres légumes et cueille ses propres fruits. Elle recueille son eau à la source qui jaillit près de la villa.
Par ailleurs, de sa vie antérieure, elle a ramené les objets qui lui sont les plus chers, qui lui sont les plus utiles à sa nouvelle vie.
Les premiers lui tiennent lieu de souvenirs pour ne pas oublier les personnes qui ont compté dans sa vie.
Elle chérie avec précaution ses seuls objets qui lui rappelle sa vie passée.
Ils sont importants pour elle.
« - Ce qui me console c’est qu’à chaque traversée, je touche le pactole. »
« - Eh oui, croyez moi si vous voulez, les gars, la dame, elle en a à revendre. »
« - Je le vois bien avec la cargaison que je transporte, des tas de livres avec des noms impossibles à comprendre. »
Ce sont des livres, dds 1otos, des dossiers, des films, de la musique qui l’ont marqué dans ce monde hostile, qui ont été là dans la tourmente.
Elle les lit, les regarde, les consultes, les visionne, les écoute sans cesse.
Les seconds l’aident à rester vivante et heureuse dans sa vie de recluse.
Elle refuse cette débauche de plaisirs que se consomme à toute vitesse.
Elle préfère des satisfactions plus spirituelles sans tomber sous la coupe de n’importe quel gourou.
Son alimentation reste frugale, elle n’est pas là pour se goinfrer.
Elle a coupé au cours avec les repas pantagruéliques et interminables.
Elle a engrangé ce stock d’une certaine manière pour rester indépendante et autonome, pour constitué une autosuffisante dans l’hypothèse qu’elle reste bloquée dans son ile ( en cas de tornade, de tempête ou n’importe quelle catastrophe ) .
Elle ne veut pas dépendre de personne. Elle veut rester libre.
MORALE
Avant, elle restait toujours tributaire de quelqu’un ou de quelque chose.
Elle imagine avec déplaisir les contraintes de la vie en société, avec ses codes et ses lois.
Elle a tourné le dos au le monde extérieur.
En effet, sa vision de la civilisation urbaine vire au cauchemar lorsqu’elle pense à la foule fourmillante sur les trottoirs, les bus bondés de monde, les boulevards encombrés de milliers de voitures.
Elle n’oublie pas les gens stressés, déprimés ou agressifs.
Parfois elle s’installe dans une chambre et là elle rêve d’une autre vie, une vie pire que la sienne.
Le bruit, l’agitation, les coups, elle n’en veut plus.
Elle a en trop vu, trop entendu, trop supporté.
Elle veut oublier la promiscuité des corps en sueur, celle aussi des âmes maléfiques.
Elle se souvient avec horreur les cris, les injures, les plaintes.
Elle n’en peut plus, elle est à bout de souffle.
Maintenant, elle se sent détachée, gavée de tout.
Elle a même tout perdu : les gens qu’elle aimait, ses illusions.
Elle est remplie de détresse et de souffrance.
Elle, elle a quitté tout ça, elle a choisi une autre existence.
Elle est venue ici dans cette ile pour panser ses blessures qui l’ont atteint au plus profond d’elle-même et retrouver des forces.
Recluse sur cette ile, elle sait qu’il lui faudra puiser au fond d’elle-même le courage de renaître à la vie.
Elle compte se battre en oscillant entre oubli et vengeance par rapport au mal qu’on lui a fait.
Sa meilleure vengeance n’était elle de montrer aux autres qu’elle peut dépasser sa souffrance et reprendre ainsi le gout à la vie?
à bientôt
veronique coupaye
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